2035 et CO2 : ce que change l'accord franco-allemand
2035 et CO2 : l'accord franco-allemand ne tranche pas tout. Voici ce qui est acquis, ce qui reste en discussion et ce qu'il faut retenir pour acheter.

Depuis que Paris et Berlin ont présenté une position commune sur la réglementation automobile européenne, une question revient sans cesse : la fin de 2035 signe-t-elle la disparition des voitures thermiques ? La réponse courte est non, pas à ce stade, et elle mérite d'être précisée.
Cet article traduit l'accord en conséquences concrètes pour l'automobiliste. Il distingue ce qui est acquis de ce qui reste en discussion, explique où se situent la France et l'Allemagne dans le processus législatif européen, puis propose une méthode pour décider d'un achat neuf ou d'occasion dans les années qui viennent.
Ce que dit l'accord France-Allemagne
Le texte présenté par la France et l'Allemagne est une position commune, et non un acte juridique. Il formule des orientations que les deux gouvernements souhaitent défendre à Bruxelles, mais il ne change aucune obligation pour les constructeurs. Tant qu'il n'est pas traduit dans un texte adopté, c'est le règlement européen existant qui s'applique.
L'accord comporte deux volets à ne pas confondre. Le premier concerne les émissions de CO2 des voitures neuves après 2035. Le second porte sur une préférence « Made in Europe » pour certains véhicules ou composants. Ces sujets relèvent de logiques différentes et n'avancent pas au même rythme.
Le poids des deux pays explique l'attention portée à cette initiative. L'Allemagne est le premier producteur automobile de l'Union européenne, et la France figure parmi les principaux, avec une filière qui emploie un très grand nombre de salariés. Quand Paris et Berlin s'accordent, leur position pèse davantage au Conseil que celle de la plupart des autres États membres. La dépêche d'origine a été publiée par Les Echos, qui fournit le contexte de l'annonce.
Le cadre actuel : l'objectif 2035 de la réglementation européenne
Les normes applicables aux voitures particulières et aux camionnettes neuves sont fixées par le règlement (UE) 2019/631, modifié par le règlement (UE) 2023/851. Ces textes, consultables sur EUR-Lex, le portail du Journal officiel de l'Union, déterminent aujourd'hui les obligations des constructeurs. Ils visent les émissions moyennes de CO2 de la flotte vendue, et non celles de chaque modèle pris isolément.
La trajectoire se lit en paliers. Le règlement fixe une réduction de 15 % en 2025 par rapport à 2021, puis un objectif intermédiaire de 55 % en 2030. L'objectif 2035 est le plus important : une réduction de 100 % des émissions moyennes de CO2 des voitures neuves par rapport à 2021.
Pour un constructeur, cela signifie que sa flotte vendue doit tendre vers zéro gramme de CO2 à l'échappement en moyenne. Selon les analyses publiées, la lecture la plus courante est l'arrêt de la vente de thermiques purs neufs. Les hybrides rechargeables et les véhicules à prolongateur d'autonomie sont concernés selon des modalités précisées par le texte.
Ce qui pourrait changer et pourquoi ça bouge
La Commission européenne a proposé fin 2025 d'assouplir l'objectif 2035, en le ramenant à environ -90 % d'émissions, avec des mécanismes de compensation. D'après les éléments publiés, ces mécanismes pourraient s'appuyer sur des carburants de synthèse, des biocarburants ou des efforts sur les matériaux. Le détail figure sur le site de la Commission européenne.
Les constructeurs réclament de la marge, car le rythme de l'électrification dépend de la demande, des infrastructures de recharge et du coût des batteries. Plusieurs États à forte industrie automobile plaident pour une trajectoire plus progressive. D'autres estiment qu'un assouplissement fragiliserait les investissements déjà engagés.
Le texte doit donc encore passer par le Parlement européen et le Conseil de l'UE, qui peuvent l'amender. Les délais d'adoption sont incertains, ce qui rend toute prévision définitive prématurée. D'ici là, l'objectif de 2035 reste la règle en vigueur.
Made in Europe : quel impact sur les prix et les modèles ?
La préférence européenne vise à favoriser, dans certaines conditions, les véhicules ou composants fabriqués dans l'Union. Les critères envisagés, seuils, catégories concernées et traitement des pièces importées, restent à définir. À ce stade, il s'agit davantage d'une intention politique que d'un mécanisme opérationnel.
Les risques sur les coûts sont réels. Une production localisée dans l'Union est souvent plus chère que certaines importations, et ces écarts peuvent se répercuter sur les prix si la mesure est mal calibrée. Les batteries sont particulièrement sensibles, car une partie des matières premières et des cellules dépend de fournisseurs extra-européens.
Les chaînes d'approvisionnement pourraient aussi être affectées. Un constructeur contraint de justifier l'origine de ses composants devra peut-être changer de fournisseurs, avec des délais de qualification. L'ampleur de ces effets dépendra des critères finalement retenus.
Ce que cela change pour l'acheteur et l'automobiliste
Pour un véhicule neuf thermique, la question est la disponibilité future. Si la vente de thermiques purs devait s'arrêter dans l'Union, la gamme se réduirait progressivement, sans disparaître du jour au lendemain. Il n'y a pas lieu de s'alarmer, mais il est raisonnable d'anticiper si l'on prévoit de garder un véhicule neuf longtemps.
Pour l'occasion, il n'y a pas d'effet immédiat. Les règles de vente de véhicules neufs et d'occasion ne sont pas modifiées rétroactivement : un véhicule déjà immatriculé reste utilisable et revendable. Les normes CO2 pèsent sur les constructeurs, pas sur la circulation des véhicules existants.
La fiscalité suit un autre calendrier. Le bonus et le malus sont fixés par la loi de finances et évoluent d'une année sur l'autre, indépendamment du règlement européen. Le portail service-public.fr recense les règles en vigueur.
Les questions à se poser avant d'acheter
Commencez par l'horizon de détention. Si vous gardez un véhicule huit ans ou plus, vous serez concerné par la fin du cycle de vente des thermiques purs, même si votre voiture restera utilisable. Si vous la revendez au bout de trois ans, la question porte surtout sur la valeur de revente.
Comparez ensuite les motorisations selon votre kilométrage annuel. Un usage urbain et peu kilométré favorise souvent l'électrique, tandis qu'un gros rouleur sur longue distance trouve plus souvent son compte en thermique ou en hybride. Intégrez le coût de l'énergie, l'entretien et la fiscalité de l'année d'achat.
Vérifiez enfin votre accès à la recharge si vous envisagez l'électrique : domicile, lieu de travail, bornes sur vos trajets habituels. Pour un conseil personnalisé, un vendeur ou un garage référencé sur Montupet peut comparer les options selon votre usage réel. Montupet référence ces professionnels avec leurs avis vérifiés par email, et un lien interne vers l'annuaire sera ajouté par la rédaction.
Questions fréquentes
L'accord franco-allemand interdit-il d'acheter une voiture thermique en 2035 ?
Non. L'accord est une position commune qui n'a pas force de loi. L'objectif de 2035 vise les émissions moyennes des constructeurs sur les voitures neuves, et n'interdit ni la possession ni l'achat d'occasion d'un thermique.
Quels sont les objectifs de CO2 pour 2030 et 2035 ?
Le règlement (UE) 2023/851 fixe une réduction de 55 % des émissions moyennes de CO2 des voitures neuves en 2030, puis de 100 % en 2035, par rapport à 2021. La Commission propose de ramener l'objectif 2035 à environ -90 %, sans effet tant que cette proposition n'est pas adoptée.
Une voiture thermique achetée aujourd'hui pourra-t-elle être revendue après 2035 ?
Oui. Les règles ne sont pas modifiées rétroactivement, donc un véhicule déjà immatriculé reste utilisable et revendable. Sa valeur de revente dépendra en revanche de la demande du marché.
L'objectif 2035 peut-il encore changer avant son entrée en vigueur ?
Oui, une révision est proposée. Elle doit encore être adoptée par le Parlement européen et le Conseil de l'UE, ce qui n'est pas acquis à ce stade.
L'accord franco-allemand est un signal politique important, mais pas encore une règle. Pour l'automobiliste, la décision se prend en fonction de son usage et de son horizon de détention, sur la base des textes en vigueur plutôt que des titres de presse. Vérifiez l'état du dossier avant chaque achat important.


